31 octobre 2007
nineteen eighty four
On peut faire croire n'importe quoi au peuple : que l'amour c'est le contraire de l'amour, que le nucléaire c'est l'écologie, que le passé c'est l'avenir (surtout dans l'éducation) que le tyran d'un pays lointain c'est le nouvel ami éclairé de notre pays, que tous les Bernard sont de gauche, que moins de santé c'est plus de santé, que Johnny et les cryogénisés sont des artistes, qu'être français c'est comme être suisse, mais qu'être turc ce n'est pas être européen, qu'on ne peut pas être africain et moderne à la fois. Plus c'est gros, plus ça passe. On en arrive même à entendre des journalistes assener que multiplier par 2 ou par 3 une somme d'argent, ça revient à la diminuer.
Eh hop, comme une lettre à la poste!
Je vous concède que l'expression a du plomb dans l'aile. Depuis quelques années, le service postal a subi de nombreuses mal... transformations : réorganisations, ouverture à la concurrence etc...
C'est vrai, depuis la modernisation, le service a changé : moins de bureaux, moins de formation pour les agents, plus d'attente pour les clients : car moins, c'est plus et plus c'est moins, et c'est mieux.
Comment, vous n'êtes pas d'accord? C'est parce que vous ne maitrisez pas la nov-langue, c'est tout.
Quoi qu'il en soit , n'oubliez jamais : Big Brother is watching you, même à la campagne (la preuve : regardez bien l' image de gauche ) et surtout, ne lâchez rien : les girafes bretonnes de Nicolas (celui qui sent bon grâce à son gel douche, pas l'Autre) sous leurs airs faussement débonnaires commencent à s'organiser, en dépit d'un individualisme forcené fort regrettable. Leur point faible : elles ont trop lu Desproges dans leur prime jeunesse et en ont gardé de graves séquelles : dès qu'elles sont plus de 1, elles ont peur de devenir une bande de C, ce qui est un dommage collatéral fort ennuyeux bien que fort légitime, dès lors qu'on aspire à entrer en résistance contre les C.
Courage , girafes surexposées et assommées par le puissant soleil breton, vous êtes déjà 4, et fort bien alignées de surcroit, ce qui en soi est un exploit pour des êtres vivants à qui on n'a jamais enseigné comment former une ligne droite. Adroites, et à gauche toute, les girafes, puisque gauche et droite dorénavant se mêlent harmonieusement dans le meilleur des mondes (possible)
27 octobre 2007
Voie royale vers la république, le roman des tricheurs
Il fut une période, pas si lointaine, où il était de bon ton de dire que les sciences politiques ne menaient plus à rien. Ce qu'il fallait à la France, c'était des ingénieurs, des scientifiques. Il semblerait que le vent ait tourné. La France manque toujours d'ingénieurs et de scientifiques (car en France les sciences servent à sélectionner, pas à faire des sciences) mais il est des milieux ou "avoir fait sciences po" semble à nouveau déterminant. Pas pour les compétences, ni les connaissances qu'on y acquiert, comme me l'a avoué sans ciller un employeur potentiel (non mais quelle idée!), mais pour la carte de visite et le "réseau" (ce que l'on appelait au début du moyen-âge de l'ère de la communication le piston)
Attention cependant, car il y a sciences po et sciences po : certains IEP (instituts d'études politiques) sont plus égaux que d'autres. Ainsi, il existe un Institut d'Etudes Politiques (Sciences Po Paris) qu'il est de bon ton d'avoir fréquenté lorsqu'on aspire à être ministre. Il semblerait même que plusieurs personnalités du gouvernement, parfaitement avisées de la suprématie du diplôme parisien sur le plan du prestige par rapport à ses équivalents provinciaux, ne se soient pas gênées pour, au choix, s'octroyer sur leur CV un titre qu'ils n'avaient pas reçu (car n'ayant pas été au bout du cursus, y ayant juste suivi des formations, voire n'ayant pas été reçu à l'examen final, ce qui n'est en soi pas déshonorant vu la difficulté de celui-ci) ou se permettre certaine licence géographique pour transformer en sésame un diplôme acquis "honteusement" dans quelque province certainement arriérée du sud de la France, ou pire encore dans une vague université parisienne ouverte au commun des mortels.
Faut-il en rire, en pleurer, ou s'énerver?
Les trois, mon capitaine. Parce que l'époque est trop démoralisante pour ne pas saisir la moindre occasion qui nous est donnée de faire fonctionner nos zygomatiques. Parce que pleurer, comme rire, c'est le propre de l'homme, et qu'il faut essayer de rester humain quand tout tend à faire de nous des statistiques. S'énerver, parce que comme l'a admirablement dit récemment Doris Lessing, prix Nobel de littérature, ni les choses ni les gens ne sont immuables et ce qui paraît ne devoir jamais changer changera pourtant pour peu qu'on s'y attelle. A l'échelle d'une année ou d'une décennie, c'est difficile à percevoir et c'est ce qui rend les luttes difficiles, mais à l'échelle d'une vie c'est incontestable.
18 octobre 2007
Regarde un peu la France
C'est bizarre, parce que j'ai été à l'école en France. On m'y a appris que si j'étais bien sage et que je travaillais bien à l'école, j'aurais un travail intéressant et les moyens de vivre dignement. J'ai été bien sage et j'ai bien travaillé. On m'y a appris que le progrès c'était bien et que tout irait de mieux en mieux, car les gens seraient de mieux formés, donc capables de produire de plus en plus de richesses pour le bien être et le bonheur du plus grand nombre. On a même été jusqu'à inventer des machines pour accomplir certaines tâches rébarbatives. Aujourd'hui on m'explique que c'était du pipeau, qu'on est beaucoup plus riche mais qu'il est impossible d'en faire profiter le plus grand nombre, que finalement, c'est chacun pour soi et que j'ai eu tort de croire ces sornettes. Qu'il existe un intérêt supérieur qu'on nomme "économie" et contre lequel on ne peut rien. Aujourd'hui, il faudrait croire et accepter que, bien que produisant plus et mieux, bien qu'incomparablement mieux formés, bien qu' acceptant la plupart du temps des contrats iniques sans sourciller, nous devrions nous prosterner devant ce nouveau dieu exigeant une moralité à toute épreuve pendant que chaque jour ses prophètes sont éclaboussés par de nouveaux scandales?
C'est bizarre, parce que j'ai été à l'école en France, mais cette fois, la leçon ne veut plus rentrer.
07 octobre 2007
Mieux que la poudre de perlimpinpin- Réforme(s)de la santé : quand on n'aura plus que ça...
05 octobre 2007
Tête de Sardine
Tout diplômé de l'université en communication qui a un jour eu l'idée saugrenue de répondre à une annonce pour un job dans la communication, sans avoir fait le Celsa ou Sciences Po (et encore moins les deux) goûtera sans aucun doute cette comparaison halieutique trouvée p50 du roman de David Regourd, Quartier d'affaires (éditions Léo Scheer) :
"[...]je n'y ai tout d'abord pas cru, car je sais que ces annonces de presse sont comme des filets à petites mailles jetés dans les vagues et qui ramassent tellement de petits poissons impropres à la consommation que les recruteurs en éliminent les trois quarts sans aucun ménagement et ne retiennent, et encore avec une moue de mépris, que les candidatures les plus intéressantes."
Le roman ne parle pourtant pas du domaine de la communication mais plutôt de celui des nouvelles technologies (de l'information et de la communication) avec plusieurs allusions à la Silicon Valley. Je trouve que ce passage illustre en revanche particulièrement bien le sentiment que l'on peut ressentir quand après avoir envoyé des centaines de lettres et reçu à peu près autant de lettres négatives, on se retrouve soudain convoqué à un entretien. Après le plaisir d'être sorti du lot, vient la crainte de ne pas être à la hauteur. Comment y croire encore après tant de rejets sans appel? Comment convaincre un potentiel employeur que les "autres" ont eu tort. Il y a des parcours plus difficiles à vendre que d'autres...
Une fois en poste, tout ça est oublié bien sûr et on fait l'affaire, mais la prochaine fois tout sera à recommencer, car les traces des périodes de disgrâce temporaires ne s'effacent jamais sur un CV. Des années après un recruteur attentif vous interrogera encore d'un air faussement débonnaire sur ces périodes de vaches maigres où vous n'aviez pas su suffisamment bien vous vendre. Le narrateur de ce roman n'aura pas ce souci, car après des débuts difficiles, son intégration dans la société dépassera toutes ses espérances. Quitte à vendre autre chose que ses compétences...


